La haute Garonne déclare l’Année du moustique tigre

Plusieurs opérations de démoustication ont eu lieu cet été 2017 autour de Toulouse, où le moustique tigre est de plus en plus présent. Les habitants sont exaspérés.

moustique tigre

Ennemi numéro 1

C’est l’ennemi numéro un de l’été dans la région toulousaine. Le moustique tigre n’attaque pas la nuit comme ses congénères les moustiques communs autochtones, mais préfère le jour, de préférence en début de matinée ou en fin d’après-midi, et s’en prend principalement à l’être humain. Agressif, il n’hésite pas à revenir à la charge, recouvrant les chevilles ou poignets de boutons.

« Le moindre barbecue, c’est l’assurance de se faire dévorer », expliquait mi-juillet un habitant de la ville rose à France 3 Occitanie. « Vous ne pouvez pas passer un moment à l’extérieur », s’est plaint un autre, les jambes couvertes de traces rouges, devant les caméras de la chaîne régionale. Un troisième a dû faire hospitaliser son fils de 18 mois, piqué au visage et atteint d’une cellulite infectieuse. A tel point que les rayons de produits répulsifs sont dévalisés et que le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a dû s’expliquer publiquement sur la prolifération de l’insecte dans sa commune.

Toulouse n’est pas la seule ville envahie. « Cette présence concerne toute l’agglomération, commente-t-on à la mairie de Blagnac, où une opération de démoustication a été menée le 11 août après la découverte d’un cas de dengue. 2017 est pour nous l’année du moustique tigre, avec des conditions climatiques favorables : il a fait très chaud et il y a eu beaucoup de pluie, ces petites bêtes ont trouvé plein d’endroits pour se reproduire. » Pour Nicolas Sauthier, de l’Agence régionale de santé (ARS Occitanie), c’est la suite logique de l’arrivée de l’animal dans le département en 2012 : « Son territoire ne fait que s’agrandir et il est de plus en plus présent. »

La population l’a également remarqué. « Il y a beaucoup de signalements qui nous arrivent de ce département via le site signalement-moustique.fr », constate Jean-Baptiste Ferré, entomologiste à l’EID Méditerranée, l’opérateur public de démoustication qui intervient sur le littoral méditerranéen et en Occitanie. De petite taille, l’insecte est aisément reconnaissable grâce aux rayures blanches qu’il présente sur les pattes.

Le moustique tigre, une espèce « très invasive »

Cette progression dans toute la France n’est pas étonnante. Le moustique tigre, autrement appelé Aedes albopictus, est « une espèce très invasive », explique Anna-Bella Failloux, directrice de recherche à l’institut Pasteur. « Il utilise les transports humains pour étendre son aire de distribution », poursuit cette spécialiste des moustiques. Venu des forêts du sud-est asiatique, il a colonisé les Etats-Unis puis l’Europe, via notamment le transport de pneus, où il aime pondre ses œufs. Il s’est posé en France en 2004, via l’Italie, et s’est installé dans 33 départements, selon le dernier recensement du ministère de la Santé. Ni l’hiver, ni la canicule, ni l’homme ne peuvent freiner sa progression. « L’œuf d’albopictus est difficile à tuer, avec sa coque imperméable qui le protège des basses températures, de la sécheresse et des insecticides », rappelle la chercheuse.

« S’il s’installe quelque part, c’est quasiment fichu. »
Anna-Bella Failloux, chercheuse à l’institut Pasteur

Alors que ses congénères européens préfèrent généralement l’humidité des marais, le moustique tigre vit principalement en milieu urbain. « On le retrouve en ville où il n’y avait pas de moustiques, dans les soucoupes des pots de fleurs, dans les arrosoirs, les citernes, le mobilier urbain, les bornes de chantiers, les regards d’eau pluviale ou télécoms », là où l’eau stagne, énumère Jean-Baptiste Ferré, de l’EID. « Même des bouchons de bouteilles d’eau tombés par terre suffisent pour qu’il prolifère », constate Lydie Rasolofo, directrice adjointe du Laboratoire 31, un service d’expertise départemental qui s’occupe de la question.

Un insecte qui peut propager plusieurs virus

Invasif mais également urbain, il est « anthropophile », habitué à l’homme, et très agressif. « La femelle (qui est la seule à piquer) peut avoir ce que l’on appelle des repas interrompus. Alors que d’autres espèces sont obligées de pomper jusqu’à la fin, elle peut s’interrompre et revenir vous piquer plus tard », explique Anna-Bella Failloux. Si vous en avez déjà été victime, vous avez peut-être constaté que sa piqûre était bien plus désagréable – démangeaison très forte, gros bouton – que celle d’un moustique classique. Une différence qui s’explique par la composition différente de sa salive. « Au début, il y a une forte réaction allergique. Mais, avec le temps, les gens sont moins sensibles », constate Jean-Baptiste Ferré.

Le danger du moustique tigre vient en fait d’une autre de ses caractéristiques. Il peut en effet transmettre les virus de la dengue, du chikungunya et le virus Zika. C’est d’ailleurs la présence de l’une de ces maladies dans un quartier qui entraîne des opérations de démoustication. « Il y a un principe de précaution. Pulvériser nos produits n’est jamais anodin. Cela tue aussi les autres insectes et cela peut provoquer un phénomène de résistance chez le moustique », justifie Jean-Baptiste Ferré.

« Nous ne faisons pas de démoustication de confort. Ce n’est pas parce qu’il y a nuisance que c’est dangereux ».
Lydie Rasolofo, directrice adjointe du Laboratoire 31

En Haute-Garonne, deux cas de dengue importés ont été constatés début août et ont entraîné quatre opérations de démoustication, à Balma, Blagnac et Toulouse. La maladie a été attrapée par les malades lors d’un séjour à l’étranger. Mais des moustiques tigres locaux pourraient très bien se charger de la faire circuler et provoquer l’apparition de cas autochtones, contractés dans l’Hexagone, comme ces deux malades atteints du chikungunya détectés dans le Var mi-août. Vendredi 18 août, une autre opération de démoustication est prévue à Colomiers, après un autre cas suspect.
« En métropole, le moustique tigre est sain »

Les autorités ont cependant un discours rassurant. « En France métropolitaine, le moustique tigre est sain. Qu’il y en ait beaucoup ou pas beaucoup ne change rien, si ce n’est la nuisance », tempère ainsi Nicolas Sauthier, en précisant qu’il y a eu huit opérations de démoustication l’an passé dans le département. En intervenant à chaque fois qu’un malade est repéré, via son médecin traitant, dans une zone où Aedes albopictus est présent, l’ARS permet d’éviter le déclenchement d’une épidémie, comme en Italie en 2007, où un cas importé de chikungunya avait entraîné la contamination de 214 personnes. Depuis l’arrivée du moustique tigre, la Haute-Garonne n’a connu aucun cas autochtone de maladie. « Aujourd’hui, il n’y a pas d’épidémie en France. Mais cela peut changer très vite », avertit toutefois Anna-Bella Failloux, de l’institut Pasteur, en soulignant la capacité d’adaptation des virus.

Pour se prémunir d’éventuelles épidémies, les chercheurs tentent de créer des moustiques tigres transgéniques, capables d’empêcher le développement des virus. Mais, en attendant que ces techniques génétiques soient fiables, les autorités en appellent à la vigilance citoyenne. La mairie de Toulouse a édité une plaquette pour demander aux habitants de faire la chasse aux eaux stagnantes. « Ce moustique a un petit périmètre d’action [150-200 m autour de l’endroit où il est né]. Si vous en avez chez vous, c’est soit de votre faute, soit de celle de vos voisins », résume Nicolas Sauthier.

Outre le recours aux répulsifs individuels, le responsable du pôle de gestion des alertes sanitaires de l’ARS recommande d’utiliser un ventilateur pour éloigner l’animal, « le meilleur moyen d’éviter les piqûres ». Il appelle également la population à s’habituer à la présence du moustique tigre : « C’est un moustique qui ne peut pas être éradiqué. Ce n’est pas pour rien qu’il a colonisé la moitié de la planète en vingt ans. »

[source : France TV Info]

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